Reprise ...

Après quelques mois pendant lesquels j'ai délaissé un peu trop mon dictionnaire, je reprends une activité régulière, avec nouvelles entrées et mises à jour des anciennes.

Merci pour vos visites et vos commentaires / informations, bonne lecture


dimanche 4 décembre 2016

E comme Explosion accidentelle



- Les explosions accidentelles de grenades ou de munitions sont fréquentes pendant la guerre, que ce soit au moment où un soldat les porte ou dans un dépôt.

- C’est ce dernier cas qui se produit à Bazoches, le 5 février 1917.
- Le village situé sur la Vesle à quelques kilomètres à l’ouest de Fismes sert de base logistique pour la préparation de l’offensive Nivelle.
- « Le 5, une explosion s’est produite au parc à munitions où nous déchargeons des grenades, une caisse entière a éclaté, il y a eu huit morts dont un affreusement mutilé. Ca lui a coupé une jambe au dessous du genou et ça lui a enlevé toute la cuisse de l’autre côté, il ne restait que l’os. Moi je l’ai vu, c’était affreux. Il y a eu trois chevaux de tués et plusieurs de blessés. » (Pierre Couraly, Ce que nous avons eu de souffrances. Carnet de la guerre 1914-1918)
- Parmi les morts, quatre appartiennent à la section de munitions d’artillerie du 55e RAC, détachés de leur unité alors en Flandre : Clovis Chabaud, HippolyteCoste, Pierre Gaucher et Ernest Talagrand. Ils sont tous aujourd’hui dans la nécropole de Vauxbuin.

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mercredi 23 novembre 2016

B comme Bourgogne



- Hameau situé entre Bouvancourt et Ventelay, auquel il est administrativement rattaché.
- C’est entre 1914 et 1918 un lieu bien connu des soldats, qui séjourne dans son camp au retour des tranchées ou avant d’y être envoyés. Situé en contrebas de la pente, à l’abri relatif des canons allemands (le 12 mai 1915, Louis Mairet décrit « Bourgogne enfoui sous les arbres »), il permet l’installation d’infrastructures pour la logistique et le repos des troupes.




- Bourgogne est aussi un village situé au nord de Reims et à l’est du fort de Brimont.
- La population actuelle est d’environ 1 000 habitants.

- Il y en avait un peu moins de 700 lorsque la guerre commence et que le village est envahi par les Allemands (à partir du 11 septembre seulement), qui parviennent à s’y maintenir après la contre-offensive de la Marne grâce à leurs positions fortes sur les hauteurs au nord de Reims, et notamment grâce au fort de Brimont.
- Immédiatement commencent pillages, réquisitions et privations. La population subit donc une occupation difficile, à proximité immédiate du front. « A Bourgogne (Marne), qui n’est pas ravitaillé par la CRB [Commission for Relief in Belgium] jusqu’en avril 1916, les habitants profitent des vivres des Allemands, qui partagent volontiers avec les civils. » (Philippe Nivet, La France occupée)


- La commune reçoit la Croix de guerre en 1920. L’année suivante, le recensement attribue 535 habitants à Bourgogne.
- Informations et photographies du monument aux morts, inauguré en 1925 (architecte Robert Jactat), sur le site de la municipalité de Bourgogne : http://www.bourgogne51.fr/vie-municipale/histoire-et-patrimoine/monument-aux-morts et ici: http://frontdechampagne.over-blog.com/2016/09/bourgogne-monument-aux-morts.html


- A noter que c’est près de Bourgogne que meurt René Doumer, le fils de Paul, le 26 avril 1917. Cet as de l’aviation, né à Laon en 1887), est tué en combat aérien alors qu’il commande l’escadrille SPA 76.

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mercredi 23 mars 2016

C comme Cris d'animaux



- Le 13 mars 1916, le 57e RI occupe depuis de longs mois un secteur autour de Verneuil et Beaulne ; les ruines de ce village de ce village sont entièrement parcourues de tranchées et de bastions défensifs aménagés par les Français. A quelques mètres devant eux se trouvent leurs ennemis, qui eux aussi réalisent de fréquents travaux d’aménagement et de réparation pendant ces semaines « calmes » au Chemin des Dames, essentiellement marquées par des duels d’artillerie.

- « Au point 46, Beaulne, les Allemands ont essayé de réparer les brèches faites dans leur réseau par nos torpilles. Probablement pour couvrir le bruit de ces travaux, quelques Allemands, dans la tranchée, se sont livrés à des manifestations d’hilarité folle, ricanant, imitant le cri du coq, le hennissement du cheval, etc… Une de nos mitrailleuses et le feu de nos guetteurs ont considérablement gêné les travailleurs ennemis. »


(Source : SHD, JMO du 57e RI)

samedi 6 février 2016

A comme Alcool



- « Aujourd’hui, il est question d’une affaire bien navrante. Un homme originaire de Camors s’est querellé avec un officier. Le soldat était ivre et a tiré sur l’autre qui lui cherchait noise. La balle a éraflé l’épaule de l’officier. Ce n’était pas la première fois que l’officier s’en prenait à ce soldat-là ; il lui arrivait souvent de lui faire des histoires, de le menacer de sanctions. A dix heures du soir, Bihouise était condamné à mort et, à une heure du matin, on l’exécutait : douze balles dans la peau. A mettre sur le compte de la boisson, une fois de plus ! Mais, nous pensons cependant tous ici qu’il n’y avait tout de même pas là de quoi mettre un homme à mort. » (Loeiz Herrieu, Le tournant de la mort)


- François Bihouise a 36 ans quand commence la guerre ; il est scieur de long à Camors et célibataire. Le breton est mobilisé au sein du 88e RIT et se retrouve dans le secteur du Chemin des Dames à partir d’octobre 1914 (Oulches, Vassogne, Oeuilly).

- Le 23 décembre, il est sanctionné de 8 jours de prison par son capitaine pour s’être enivré (une première punition lui avait été infligé pendant son service militaire pour le même motif, en 1902).
- François Bihouise est ensuite affecté comme coiffeur à la Compagnie Hors-Rang de son régiment, à Blanzy. Le 11 mai 1915 au soir, le caporal Intès le réprimande alors qu’il est ivre et cause « du scandale » ; le lendemain, le sous-lieutenant Louis Grillet, à qui on a rapporté les faits, le réprimande, lui interdit de quitter son cantonnement et lui promet une punition. Après son repas, l’officier est touché d’une balle à l’épaule gauche alors qu’il sort de sa « popote » (la blessure est légère selon le compte-rendu médical).
- On arrête Bihouise en flagrant délit, l’arme dans les mains, en présence de plusieurs autres personnes. Celui-ci des défend devant les gendarmes en prétendant que Grillet l’a menacé de mort (sans pouvoir présenter de témoins pour appuyer ses dires) et qu’il souhaitait faire peur à son supérieur, non le tuer.

- Après une enquête rapide confirmant les faits et les dires de l’officier, le général (26e DI) convoque immédiatement un Conseil de guerre spécial présidé par le commandant Mathieu (34e RI), qui est accompagné par le sous-lieutenant Lemoine (10e Hussards) et l’adjudant Delandrevie (34e RI).
- Bihouise est condamné à mort (il est jugé coupable de meurtre par préméditation à l’unanimité, avec guet-apens par 2 juges sur 3), ainsi qu’à la dégradation militaire.
- Dans la nuit du 12 au 13 mai 1915, François Bihouise est exécuté à Maizy, sur la route de Glennes, de huit balles (le coup de grâce est nécessaire), devant les troupes de la division assemblées en armes.

- Il est enterré aujourd’hui dans la nécropole nationale de Pontavert.







 (Source SHD)