Information

Mon activité est moindre ici en ce moment car je consacre beaucoup de temps au blog "frère" qui raconte semaine après semaine (et jour par jour en ce moment) les événements au Chemin des Dames il y a 100 ans.


http://cdd100ans.blogspot.fr/


Cordialement
Gil Alcaix

mercredi 29 septembre 2010

M comme Meurival

- Village de la rive gauche de l’Aisne, au sud de Beaurieux
- 60 habitants

- Meurival, 110 habitants avant la guerre, devient comme tous les villages voisins une base arrière pour les Français à partir de septembre 1914, lorsque le front se fige sur les hauteurs voisines du Chemin des Dames. On y établit notamment une ambulance, qui fonctionne pendant presque tout le conflit, et un cimetière temporaire.
- Ses creutes servent d’abri aux soldats. « Je reviens de permission et rejoins ma compagnie dans l’Aisne, elle cantonne dans les vieilles carrières de Meurival. […] Les carrières sont comme des cavernes avec des plafonds épais et des piliers de distance en distance. […] L’endroit où je suis est très bas, on ne peut se tenir debout. Des gouttes tombent du plafond. » (Paul Clerfeuille, 18 février 1917, cité par R. Cazals)


- Entre juin et septembre 1918, Meurival subit l’occupation allemande et des combats lors de la reconquête alliée.

- La population chute – 72 habitants recensés en 1921 – sans jamais se redresser.

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dimanche 26 septembre 2010

E comme Effectifs

- Le 27 juin 1917, lors d’un comité secret de la Chambre, le député Albert Favre donne le chiffre de 1,2 millions d’hommes présents côté français pour participer à l’offensive Nivelle du 16 avril. Ce chiffre, depuis lors fréquemment repris, est-il le bon ?


- Les trois armées en présence (les deux de rupture, la Ve et la VIe, et celle de poursuite, la Xe), regroupent 53 divisions : d’où les impressions des témoins d’être en présence d’une « masse » considérable, ce qui laisse penser à une victoire presque assurée.
- Cependant, il faut entrer dans le détail de la disposition en profondeur des régiments pour se faire une idée précise des effectifs en présence côté français, le 16 avril 1917.


- La première ligne est constituée par les troupes qui attaquent les positions allemandes le 16 avril à 6h du matin. Cela représente environ 180 000 hommes.

- La deuxième ligne est la plus nombreuse ; c’est celle des troupes de soutien, situées entre le front et l’Aisne au petit matin du 16. On y trouve des fantassins, la quasi-totalité de l’artillerie et les régiments territoriaux attachés aux corps d’armée de tête. Au total environ 250 000 soldats. Comme la première ligne, ils sont sous le feu constant de l’artillerie allemande.

- La pointe de l’armée de poursuite constitue la troisième ligne : 120 000 hommes, qui s’avancent dans la vallée de l’Aisne le matin du 16 et qui, pour beaucoup, franchissent la rivière avant de connaître l’échec et donc le changement de rôle qui leur sera attribué.

- La quatrième ligne avance aussi vers le front mais reste bloquée entre Vesle et Aisne (près de Fismes notamment), et n’a pas de vision du champ de bataille dans l’immédiat. On peut l’évaluer à 180 000 soldats.

- Enfin, une cinquième ligne se trouve sur la Marne, près de Château-Thierry : 55 000 hommes placés là en vue de la poursuite à longue distance des Allemands.


- Au total, ce sont donc près de 750 000 soldats français qui sont concernés par l’offensive du 16 avril. Il faut leur ajouter leurs « voisins » des Monts de Champagne, qui attaquent le lendemain ; même s’il n’y a pas exactement le même échelonnement qu’à l’ouest de Reims, on peut y comptabiliser au total plus de 150 000 hommes. L’ensemble des forces rassemblées avoisine donc le million de combattants, côté français.




Source : Philippe Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 78 à 80

samedi 25 septembre 2010

P comme Pontoy


- Moulin aujourd’hui disparu situé près de Craonne, en bordure de la forêt de Beaumarais

- C’est un point de repère, même détruit, très utilisé dans l’armée française lorsqu’il s’agit de localiser les unités présentes dans le secteur.

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mercredi 22 septembre 2010

M comme Mourir




- « Cette trace de sentier, qu’on reconnaît quand même à son usure, bouleversé par les entonnoirs, c’est le chemin des Dames. […] Si l’on creusait de La Malmaison à Craonne une fosse commune, il le faudrait dix fois plus large pour contenir les morts qu’il a coûtés. » (R. Dorgelès, Le Réveil des morts)

- Le traitement des morts varie beaucoup selon le contexte militaire : il est bien évident qu’il ne peut être identique lorsque les morts se comptent à l’unité (périodes de front « passif ») ou par centaines (au moment où le front se stabilise à l’automne 1914 ou lors des grandes offensives). On ne peut donc pas percevoir d’évolution chronologique significative sur les presque ans de guerre, puisque le contexte est sans cesse changeant.


L’enlèvement des corps des combattants

- Alors que la récupération des corps ne pose pas trop de problèmes en temps « calme », elle se révèle presqu’impossible lors des offensives : « On ne relève pas les morts ; on les met de côté pour passer, à moins qu’ils ne soient à demi enterrés par l’obus qui les a tués ; alors la piste s’écarte. Impossible de faire dix pas sans voir un cadavre, soit un du 16 avril, déjà momifié, soit un récent, dont le sang est à peine noirci. On passe sans penser à rien, tant ces masses bleuâtres dans la boue font partie du paysage de mort où il faut vivre. On ne se bouche même plus le nez ; l’odeur entrerait quand même par la bouche. Et quelle odeur ! » (Jean Marot, 24 mai 1917 sur le plateau de Vauclerc, Belhumeur). La cohabitation des morts et des vivants est alors permanente, l’odeur insupportable ; certains jouent l’indifférence, d’autres la carte de l’humour noir face au spectacle des corps déchiquetés qui subissent les affres du climat et des bombardements incessants. « Nous avions sans doute moins de pitié pour eux que d’angoisse pour nous. Après tout, eux avaient fini de souffrir et ils avaient été tués net, assommés comme le bœuf à l’abattoir. Notre destin à nous serait peut-être d’agoniser des heures et des jours avec une balle dans le ventre ou la moelle épinière. Et nous n’avions qu’une pensée fugitive pour les proches de ces ˮdisparusˮ, qui fussent devenus fous à voir ce que la guerre avait fait de leur fils, de leur mari ou de leur amant. » (R Arnaud, La Guerre 1914-1918, tragédie bouffe)

- Au cours de ce conflit, les trêves ayant pour but de ramasser ou ensevelir les cadavres ne sont que rarement respectées (RG Nobécourt en signale cependant une le 12 mai 1917 entre Braye et Cerny, quelques jours après la grande offensive française). Il est difficile d’en comprendre les raisons : certains y voient le signe de la « brutalisation » du conflit, d’autres la complexité de la mise en pratique de la trêve alors qu’il y a plusieurs armes à prévenir, d’autres enfin le résultat des rumeurs qui font de ceux qui la demandent des lâches en puissance et de ceux qui ramassent les corps des espions.
- Il faut noter cependant que les trêves tacites sont beaucoup plus nombreuses en ce qui concerne la récupération des blessés, les cris étant sans doute trop insupportables aux soldats.


Les sépultures des combattants

- Par tradition, Britanniques et Allemands procèdent à des inhumations individuelles, même si les événements peuvent entraîner des exceptions.
- Dès le début de la guerre, le GQG français prescrit l’utilisation des fosses communes, ce qui choque les exécutants sur le terrain (qui n’exécutent l’ordre que lorsqu’ils ne peuvent faire autrement). Finalement, une loi du 29 décembre 1915 change les choses : « Tout soldat français ou allié a droit à une sépulture perpétuelle aux frais de l’Etat. » Cependant, tombes individuelles et fosses communes coexistent pendant toute la guerre : c’est le cas par exemple près du Poteau d’Ailles en mai 1917 (cf. le document dans l’ouvrage cité ci-dessous, n°23 hors-texte)

- Dans certains cas, les corps sont inhumés sur le champ de bataille, isolés ou regroupés mais très soumis aux bombardements, ce qui rend leur suivi difficile après 1918.
- Lorsqu’on peut, les morts sont enterrés dans les cimetières plus ou moins bien organisés, à quelques centaines de mètres des combats, compromis permettant d’épargner à la fois les yeux des combattants et les bras des brancardiers. D’autres cimetières plus à l’arrière accueillent les blessés graves qui ne survivent pas, à proximité des ambulances, des HOE (hôpitaux d’orientation et d’évacuation) pour les Français ou des hôpitaux urbains pour les Allemands, tel Laon.

- En première ligne, le cercueil est rare ; à l’arrière, il est réservé aux officiers en cas de pénurie. Les plaques d’identité sont en principe retirées, mais il arrive fréquemment que tel ne soit pas le cas, soit par réticence des fossoyeurs, soit pour permettre les recherches post-conflit.
- Même s’il existe un service de l’état-civil chargé de recenser les morts et les emplacements des sépultures, les camarades des morts cherchent à faciliter leur identification.
- Côté français, si des armes usagers peuvent marquer l’existence d’une tombe, c’est avant tout la « fameuse » croix de bois qui est employée. Côté allemand, les croix sont beaucoup plus variées et travaillées ; des matériaux durs sont employés (il reste encore de ces croix à Veslud). De même, là où les tombes françaises se contentent d’un simple tertre dénudé, les fosses allemandes sont plus recherchées dans leur réalisation.


Le culte des morts pendant la guerre

- Des hommages, officieux ou officiels, sont rendus aux morts pendant la guerre, soit par leur camarade soit au moment où un régiment quitte le secteur où ils sont enterrés.
- Souvent, on bâtit des monuments aux morts : 2 monuments français et 31 allemands sont ainsi comptabilisés sur le Chemin des Dames et son arrière-front pendant les années de guerre. Ils proviennent de tous les types d’armes et présentent des formes diverses (dominent les obélisques et les monolithes) ainsi que les mêmes attributs que les tombes : croix de fer, aigle impérial, croix latine, etc. « Les dédicaces épigraphiques désignant les destinataires des monuments font généralement appel au champ sémantique de l’héroïsme. »

- Sept monuments allemands sont à la fois dédiés aux combattants français et allemands : Anizy-le-Château (2 monuments), Filain, Orainville, Pancy (2 monuments), Vaudesson. Faut-il y voir une perception différente de la mort dans les deux camps ou la volonté allemande de voir les monuments préservés après la fin de la guerre ?



- Aujourd’hui, 6 monuments sont encore debout : trois en relatif bon état et entretenus (Berry-au-Bac, Oeuilly, Veslud) ; celui d’Ailles resté tel quel depuis la guerre, très endommagé par les bombardements ; enfin, ceux de Filain, en mauvais état mais restauré après des années de délaissement (à l’occasion du 90e anniversaire de la bataille) et de Pancy, très endommagé et abandonné.






Source principale : Thierry Hardier, « Mourir sur le chemin des Dames : le traitement des corps, les sépultures et monuments pendant la guerre », in N. Offenstadt (dir.), Le Chemin des Dames. De l’événement à la mémoire, pages 226 à 243

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dimanche 19 septembre 2010

B comme Borgoltz (Jacques)


- Militaire français
- Chartres 1894 – Ferme de Malval 1917

- Lieutenant au 2e Régiment du Génie (auteur notamment d’un rapport sur les défenses du fort de Vaux), le polytechnicien Jacques Borgoltz est gravement blessé. Pourtant, il refuse de ne plus participer à la guerre et décide de s’engager comme observateur dans l’aviation.

- Le 6 avril 1917, il est dans le Caudron R4 n°1559 qui décolle de Fismes, avec le pilote Pierre Desbordes et le mitrailleur Alexandre Lebleu. Sa mission est de photographier la ferme Malval (alors située en contrebas du plateau, versant nord, donc invisible depuis le sol).
- L’avion est pris en chasse par 5 appareils allemands et abattu, peut-être par l’as allemand Rudolf Berthold. Le corps de Jacques Borgoltz n’est pas retrouvé.


- Une plaque est aujourd’hui apposée dans la chapelle de Cerny.



Fiche MPF

Fiche Aéro


Source principale :
http://409ri.canalblog.com/archives/2009/02/08/12396078.html

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jeudi 16 septembre 2010

O comme Opération Ludendorff

- Le 26 mai 1918 dans la soirée, le 146e régiment d’infanterie arrive dans les champignonnières de Chassemy en rive sud de l’Aisne après quelques jours de repos à Villers-Cotterêts (bienvenus suite à de violents combats dans les Flandres au début du mois).
- Le régiment vient d’être mis en alerte, mais tous les hommes qui le composent ne mesurent pas la gravité de la situation, même si leurs projets de permission sont perturbés. Ainsi le sous-lieutenant Jean Eldin …

- « Le 27 mai 1918

Bien chers parents

Le déplacement dont je vous ai si souvent parlé ne s’est pas effectué comme il avait été prévu. Nous devions partir ce matin à 4 heures lorsque hier à 8 h du soir nous avons eu alerte et sommes partis à minuit en autos pour venir prendre un secteur. Depuis 9 h ce matin nous sommes en ligne. Les Boches sont assez actifs quoique ce ne soit pas comparable à Kemmel.
Si les permissions ne sont pas supprimées ou le pourcentage diminué, je viendrai comme je vous l’ai toujours dit dans les premiers jours de juin. Je vous tiendrai au courant de mon mieux mais ne vous en faites pas si au lieu de venir le 3 ou le 4 [juin] par exemple, par suite de baisse [de pourcentage], je ne venais que le 9 ou le 10. Tout dépendra de la situation.
Quoiqu’il en soit je suis 3e, alors il n’y a pas à s’en faire.
Ne vous remettez pas à m’écrire, ça n’en vaut pas le peine. Je tiens à vous avertir au cas où il y aurait des modifications mais s’il n’y a rien, je viendrai bien comme j’ai toujours pensé.
J’ai reçu une lettre de Chanut et d’un de mes hommes blessés, ainsi qu’une carte d’un sergent permissionnaire.
Il fait un temps splendide heureusement, aussi l’on est très bien. Un léger vent souffle et attiédit la température.
Rien de nouveau.

Bons baisers de votre poilu affectueux
J. Eldin »




- Pourtant, ce qui vient de commencer, c’est l’opération Ludendorff, une offensive allemande portant le nom du général en chef de l’armée allemande de 1916 à 1918, Erich Ludendorff. Elle est aussi appelée « Kaiserschlacht » (« Bataille de l’Empereur »), ou plus banalement « offensive de printemps ». L’attaque vers l’Aisne est la troisième après celles dans la Somme (21 mars) et sur la Lys (9 avril), et avant celles vers Noyon (8 juin) et en Champagne (15 juillet). Cette offensive générale est notamment permise par le déplacement des troupes venues du front russe ; elle est capitale puisqu’elle doit assurer la victoire allemande avant l’arrivée réelle des hommes et du matériel des Etats-Unis.


- L’offensive Ludendorff dans l’Aisne intervient par surprise. En effet, depuis la bataille de La Malmaison et le retrait allemand sur l’Ailette, le 2 novembre 1917, le Chemin des Dames était (re)devenu un secteur « calme », un front passif ; c’est pourquoi, par exemple, le 9e corps d’armée britannique, très éprouvé, vient en « repos » du côté de Craonne et de Berry-au-Bac.

- En fait, des captures de prisonniers ont permis aux Français de découvrir les plans de Ludendorff la veille, mais il est trop tard pour organiser correctement la défense des lignes alliées, d’autant plus que l’on ne sait pas exactement à quel type d’attaque on a affaire, les préparatifs ayant été particulièrement bien cachés.



- « A 1 heure précise il n’y eut pas ce ‟premier coupˮ attendu : de Vauxaillon à Reims, il y en eut plus de 4 000 qui retentirent ensemble, frappèrent nos positions du Chemin des Dames toutes à la fois, depuis l’Ailette jusqu’au-delà de l’Aisne, englobèrent dans le même fracas, la même nuée et la même dévastation, tout notre système défensif, de la première ligne d’infanterie aux emplacements des canons. Les étoiles disparurent aussitôt : aux fumées et à la poussière s’ajoutaient les lourdes vapeurs de gaz. Cette cataracte d’acier et de feu roule sur de l’ypérite. Le sol qu’elle bouleverse, elle l’infecte ; les armes qu’elle n’enfouit ou ne brise, elle les corrode ; les hommes qu’elle ne tue pas aussitôt, elle les empoisonne ou les brûle. C’est une trombe à feu infernale qui vomit l’épouvante et la mort. Qui n’est pas foudroyé est cloué sur place, seul avec son effroi, sous u n masque qui ne filtre pas l’arsine, crachant le sang. » (R.G. Nobécourt)
- Jusqu’à 3h40, une brève mais extrêmement intense préparation d’artillerie a lieu, qui « encage » les premières lignes : bombardements « légers » sur elles, pour ne pas trop bouleverser le terrain et permettre la progression, bombardements plus intenses sur l’arrière (notamment avec obus toxiques) pour empêcher la venue de renforts et limiter la réponse de l’artillerie française.

- L’assaut des fantassins allemands suit dans la foulée (après 5h entre Berry-au-Bac et Reims) et rencontre peu de résistance efficace ; le Chemin des Dames est franchi cette fois sans grande difficulté vers 6h tandis que l’on se bat déjà dans Craonne en ruines, la Caverne du Dragon prise après des combats limités, et l’Aisne atteinte puis franchie dans l’après-midi vers Cys-la-Commune, Bourg-et-Comin ou Pontavert (le soir, ils sont sur la Vesle). Dans le même temps, les Allemands poussent à l’ouest vers Pinon puis Laffaux.
- Il faut dire que face à eux, la défense française est mal organisée : le général Duchêne (VIe Armée) a insisté pour que l’on se batte jusqu’au bout pour conserver la première ligne et la crête du plateau, alors que la nouvelle stratégie de l’état-major est de renforcer la 2e ligne (sur l’Aisne en l’occurrence) au détriment de la première. Ses motivations sont doubles : il s’agit de conserver les positions avantageuses sur les hauteurs et ne pas atteindre le moral des soldats et des civils (notamment parisiens) en cédant un terrain si chèrement acquis un an plus tôt.
- Le 27, les Allemands appuient vers Soissons, que de nombreux nids de résistance ont empêché d’atteindre (cf. l’épisode de la mort du général des Vallières près de Juvigny) ; l’objectif est réalisé dans la soirée du 28, et ils peuvent remonter la vallée de la Crise le lendemain. L’armée française doit se replier face à des Allemands qui décident finalement d’exploiter leur succès initial et de marcher vers Paris malgré la faiblesse de leurs réserves.



- « Les retraites amènent toujours de bien pénibles et tristes surprises à certaines familles » : le caporal Antoine Baban cherche à ménager les proches de son ami Jean Eldin lorsqu’il écrit plusieurs lettres dans le courant de l’été pour annoncer que le jeune ardéchois de 24 ans n’a pas survécu aux combats sur l’Aisne, près de Vailly. « La compagnie se trouvait débordée de toutes parts par l’ennemi, elle était exposée aux feux de l’ennemi qui lui venaient dans tous les sens » ; « soyez persuadés que ses derniers instants n’ont été précédé d’aucune souffrance. »
- Malgré les efforts de la famille, la sépulture de Jean Eldin n’a jamais pu être retrouvée.






Source principale :
R.G. Nobécourt, op. cit., pages 353 à 394


Source pour Jean Eldin : Lettre du Chemin des Dames n°13, page 6
Sa fiche MPF

JMO du 146e RI

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lundi 13 septembre 2010

P comme Peurey (Maurice)

- Soldat français
- Le Mans 1896 – Le Mans 1984

- Mobilisé en 1915, Maurice Peurey est caporal au 150e RI lorsque se déclenche l’offensive Nivelle en 1917. Les 14 et 15 avril, il s’approche du front via Cormicy et la N44 (« Toute la ligne est en feu, de l’est à l’ouest, spectacle affolant ») ; son régiment attaque vers Sapigneul le 16 mais n’avance que très peu, enlisé dans les tranchées allemandes. « Sur le parapet, le bruit de la bataille surprend : crépitement des mitrailleuses, sifflement des balles – est-elle pour moi ou pour un autre – éclatements, impossible d’entendre un commandement. […] Je repars, un nouveau bond de 50 mètres et j’arrive dans un boyau boche, ressemblant comme deux frères jumeaux aux nôtres. Je suis avec les 1er et 3e bataillons ; où est donc passé le mien ? »
- L’offensive se poursuit sans succès, au milieu des cadavres des deux camps, le 17, avant la relève.

- Peurey revient près de Berry-au-Bac entre le 14 mai et le 6 juin.


- En 1981 sont publiés ses souvenirs dans Et pourquoi une fourragère à l’épaule ?



Sources principales :
http://www.crid1418.org/doc/bdd_cdd/unites/DI40.html
Ph. Olivera in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 80 à 90



Merci à sa petite-fille pour les précisions biographiques ...

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samedi 11 septembre 2010

C comme Caverne du Dragon



- Creute devenue aujourd’hui musée du Chemin des Dames

- La Caverne du Dragon est située au niveau de l’isthme d’Hurtebise, là où le plateau est le plus étroit : c’est donc un lieu hautement stratégique d’un point de vue militaire. C’est la creute d’importance la plus à l’Est du Chemin des Dames.

- La carrière est exploitée du XVIe au XIXe siècle. Le site est généralement appelé « ferme de la Creute » ou « caverne de la Creute » jusqu’en 1914.



Pendant la guerre

- Au cours des combats de la mi-septembre 1914, les Français parviennent à s’en emparer en même temps qu’ils prennent bien sur l’isthme d’Hurtebise. Leur position reste cependant précaire.

- Le 25 janvier 1915, les Allemands lancent une attaque pour en obtenir le contrôle entier et dominer les positions françaises. Dans la nuit suivante, les dernières troupes françaises doivent se rendre (bataille de la Creute).
- Les Allemands aménagent alors la « Creute-Höhle » et la relient à leurs positions arrière en construisant un tunnel qui débouche en 1916 sur la « Drachen-Höhle », petite creute qui donne finalement son nom à l’ensemble dès l’offensive Nivelle.


- Le 16 avril 1917, l’action des troupes de la Caverne du Dragon est une des raisons de l’échec de l’offensive Nivelle, les Allemands prenant notamment à revers les troupes sénégalaises qui attaquent vers la ferme d’Hurtebise. Le compte-rendu du 2e CAC fait part de la découverte française : « Une communication souterraine semble traverser du nord au sud le goulot d’Hurtebise et recèle des mitrailleuses qui tirent en arrière de nos troupes et dans la Vallée-Foulon. » (cité par RGN Nobécourt, page 156)

- Le 20 avril, la ligne de front passe au-dessus de la grotte. Les Allemands en gardent la maîtrise mais préfèrent se replier dans sa partie Nord, en construisant un mur fortifié qui la coupe en deux, efficace lorsque les Français tentent d’entrer pendant plusieurs semaines.

- Le 25 juin, les troupes françaises lancent un nouvel assaut, réussi cette fois : les Allemands (environ 200 ?) sont prisonniers à l’intérieur, grâce à la destruction par l’artillerie de la sortie Nord et à la maîtrise des autres. Il faut noter qu’une controverse existe entre les deux régiments qui ont participé à l’assaut pour savoir qui est vraiment entré dans la creute et a « recueilli » les prisonniers ; le mérite en est finalement attribué au 152e RI (contre le 334e), qui défile le 14 juillet à Paris …
- La prise de la Caverne du Dragon est très « médiatisée », dans une période où le haut-commandement a grand besoin de succès militaires.

- Les Allemands parviennent à reprendre pied dans une petite partie de la creute le 26 juillet, et une cohabitation commence, qui dure jusqu’à leur repli sur l’Ailette début novembre.


- En 1918, rapidement prise par les Allemands le 27 mai, la Caverne du Dragon redevient définitivement française le 12 octobre.



Après la guerre

- Dès 1919, la Caverne du dragon devient lieu de visite (improvisé dans un premier temps) pour les premiers touristes des champs de bataille ; Alphonse Hanras devient le premier guide « officieux » des lieux, suivi par Auguste Rogez qui lui est témoin de la transition vers l’espace officiel.

- Dans les années 1960, en effet, le Souvenir français décide de créer un véritable musée sur le site. Il est inauguré, après appel de dons d’objets, en mai 1969 grâce à l’action, notamment, d’Henri de Benoist (président de la Jeune Chambre économique de Laon), de Gérard de Francqueville (qui y associe le Souvenir français) et de Maurice Bruaux (directeur du comité du tourisme de l’Aisne).




- En 1995, le musée est confié au Conseil général de l’Aisne et il est rénové (réouverture en juillet 1999). On met en place un « espace muséographique » qui ne se contente pas d’exposer des pièces (difficiles à conserver par 12°C et un fort taux d’humidité) mais s’intègre à l’ensemble du parcours du Chemin des Dames et se centre sur les aspects pédagogiques. Il devient « Musée du Chemin des Dames » en 2007.

- L’architecte franco-iranienne Nasrine Seraji utilise la situation de promontoire des lieux pour construire un bâtiment qui mette en valeur le panorama et permette de bien comprendre les enjeux des combats du 16 avril.
- Des expositions temporaires annuelles sont installées au niveau de l’entrée du musée; des visites thématiques sont organisées depuis l'été 2009.

- L’année 2009 est l’occasion de la célébration des divers anniversaires de la Caverne du Dragon.




Sources principales :
Thierry Hardier, « La Caverne du Dragon », in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 402 à 409
Lettre du Chemin des Dames n° 16, été 2009


Site internet : http://www.caverne-du-dragon.com/fr/default.aspx

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mercredi 8 septembre 2010

L comme Laffaux (moulin de)



- « Une position comme le moulin de Laffaux, c’est une épine au fond d’une plaie : ça entretient l’inflammation ». Ainsi l’écrivain-chirurgien militaire Georges Duhamel évoque-t-il le secteur dans Civilisation 1914-1917 quelques années après la guerre.


- Le moulin de Laffaux est effet un lieu hautement stratégique, disputé par les deux armées durant de longs mois en 1917.
- Situé sur un point haut (170 mètres) à proximité du village du même nom, sur la RN2, le moulin de Laffaux est contrôlé par les Allemands à partir de septembre 1914.

- Lorsqu’ils se replient, en mars 1917, ils renforcent considérablement les défenses du secteur du moulin et du village, alors situés sur la ligne de front.
- Lors de l’offensive Nivelle, les Français s’emparent – difficilement – de Laffaux mais buttent sur le moulin.
- Le 5 mai, l’état-major décide la reprise de l’offensive, avec l’appui des chars cette fois ; l’avancée est pénible et très limitée, mais le moulin est symboliquement pris par les cuirassiers. Fait d’armes dont s’emparent la presse et les brochures de l’époque, tel le fascicule de la collection « Patrie » écrit par B. André, Les cuistots du moulin de Laffaux.


- Cependant, pendant plusieurs mois, le moulin de Laffaux est au cœur des lignes française et allemande, objet de fréquents coups de main et de luttes acharnées. Comme Craonne, il devient un des symboles des combats du Chemin des Dames et la perspective d’y combattre un motif de mutinerie fréquent.

- La victoire de La Malmaison repousse la ligne de front plus au nord, et le secteur devient plus calme pendant quelques temps. Il connaît à nouveau de brefs combats lors de l’offensive Ludendorff du 27 mai 1918 et, surtout, au moment de la reconquête française de septembre 1918.


- Après la guerre, le moulin de Laffaux conserve sa notoriété. Roland Dorgelès en fait un des éléments essentiels de son roman Le Réveil des morts (1923), puisque le héros est hanté par le premier mari de sa femme, cuirassier tué le 5 mai 1917, jusqu’à ce qu’il se fasse raconter l’assaut par des anciens de la compagnie sur les lieux des combats.
- C’est Louis Aragon qui en 1945 immortalise le moulin :
« Créneaux de la mémoire, ici nous accoudâmes
Nos désirs de vingt ans au ciel en porte à faux.
Ce n’était pas l’amour, mais le chemin des Dames,
Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux »



- Pourtant, jamais le lieu n’a vu se développer une mémoire à la hauteur de sa gloire. Aucune cérémonie n’y a eu lieu, aucun monument n’a été construit, à l’exception de ceux qui rendent hommage à une personne ou à une unité en particulier : monument des Crapouillots, monument (proche) des fusiliers marins, etc.



- Ces monuments se dégradent tandis qu’ils sont regroupés sur le site, sans aménagement, au fur et à mesure des travaux routiers. Cette tendance se confirme avec la mise en 2x2 voies de la N2 et la destruction du monument des Crapouillots par la foudre (en 2007), qui transforme les lieux en sorte de terrain vague …

- Cependant, depuis le début des années 2000, le Conseil général de l’Aisne a mis en place un projet de Jardin du Souvenir pour accueillir les monuments et la mémoire du moulin de Laffaux.






Source principale : N. Offenstadt, « “Voyageur, souviens-toi du moulin de Laffaux”. Laffaux, village-mémoire 1917-2004 » in N. Offenstadt (dir.), op. cit., pages 373 à 381

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dimanche 5 septembre 2010

C comme Contraste

- En 1920, le commandant du Plessis décrit l’ouest du Chemin des Dames juste après la bataille de La Malmaison dans l’historique de son régiment (Le Régiment Rose, histoire du 265e RI, 1914-1919).


- « Rien ne peut donner une juste idée de cette dévastation. Cela passe la description, la photographie, la peinture même. Il faut avoir vu. C’est un paysage lunaire. Partout la terre est éventrée, partout de profonds entonnoirs se touchent et s’entrecoupent. L’horreur et la désolation sont partout. Pas un brin d’herbe sur le plateau, rien de vert aux troncs mutilés dont sa bordure se hérisse. Tout est ravagé. Où se trouve le fameux Chemin des Dames ? De l’Ange Gardien aux Bovettes, il n’y a pas 10 mètres de terrain plat. On ne voit que larges trous, monticules à vives arêtes, crevasses tortueuses, coupées d’éboulement et de fondrières, et qui furent des boyaux et des tranchées ; un désert morne, chaotique, uniformément grisâtre, au milieu duquel se profile, boursouflure informe, le vieux fort de la Malmaison. »

- Il évoque aussi à la suite le paysage totalement différent que l’on rencontre un peu plus loin : « La crête franchie et les escarpements atteints au pied desquels coule l’Ailette, soudain, le panorama change. En bas, la vallée toute verte étale ses prairies ourlées de haies et de chemins ; ses vergers, ses bois où les arbres ont des branches et les branches des feuilles, rougies ou dorées par l’automne ; ses longues rangées de peupliers jaunissants au bord du tranquille canal. Au-delà, ce sont les coteaux intacts où l’ennemi demeure : les villages ont des maisons, des toits et des portes, on distingue des champs cultivés, et, dans la coulée de l’Ardon, au loin, altière et sans blessure sur sa montagne que la cathédrale couronne, la cité de Laon apparaît. » (NDLA : les mois passées poussent sans doute le commandant du Plessis à l’exagération, puisque les villages et les terrains de la rive droite de l’Ailette souffrent aussi des bombardements et de l’évacuation des populations, il est vrai beaucoup moins que ceux de la rive gauche)




Citations reprises de Th. Hardier, in N. Offenstadt (dir.), op. cit., page 75

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jeudi 2 septembre 2010

M comme Monument des chars



- Monument proche de Berry-au-Bac, sur le carrefour du calvaire du Choléra.

- Il est inauguré en juillet 1922 en présence de plusieurs généraux d’envergure : Foch, Weygand et Mangin. Il s’agit en fait d’un monument aux morts : un bloc de granit bleu sur lequel sont gravés les noms des soldats tués en 1917-1918 (plus de 900). L’œuvre est de Maxime Real de Sarte.

- Le monument devient un lieu de mémoire important pour cette arme aux codes si particuliers, toujours à part lors des cérémonies officielles, jamais rattaché à celles qui peuvent avoir lieu ailleurs sur le Chemin des Dames. Il n’a jamais connu, contrairement aux autres sites, l’espèce d’ostracisme ou de délaissement de la part des plus hautes sphères politiques ou militaires : De Gaulle y fait un discours en 1957, le maréchal Juin en 1957 et la maréchale Leclerc fait le déplacement pour le 80e anniversaire. « C’est un monument aux morts, qui fixe un moment de la bataille dont le souvenir est assumé par l’armée. » (A. Calagué)

- Une commémoration officielle a lieu tous les ans, le dimanche le plus proche du 16 avril (souhait du général Estienne, « père des chars ».




Sources principales : Antoine Calagué in N. Offenstadt (dir.), op.cit., page 288
Base Mérimée

CRDP Reims


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